66. Peut-on accepter des cadeaux et des avantages?

Le principe – Ceux qui offrent des cadeaux essaient parfois d’influencer le compte rendu ouvertement ou discrètement. Les journalistes devraient résister aux tentations et éviter l’apparence du lien privilégié ou de la corruptibilité.
Les journalistes n’acceptent que de modestes attentions: tout au plus l’invitation personnelle à un déjeuner de travail, un «petit cadeau» dont on peut faire état à des tiers sans avoir à en rougir, le geste rituel de politesse (une bouteille pour la fin de l’année à tous ceux qui rendent compte régulièrement de la marche d’une entreprise). Plus le cadeau est personnel et important, plus la prudence voire un refus poli de la part du journaliste s’imposent.


Remarques
Certains avantages sont acceptables, comme les tarifs spéciaux d’une compagnie aérienne ou ferroviaire à l’intention de tous les détenteurs de la carte de presse, les rabais de maisons d’édition pour tous les «auteurs maison».
Cette question ne concerne bien sûr pas uniquement les journalistes, mais aussi les entreprises médias et les rédactions. Au lieu d’envoyer le rédacteur auto à une avant-première d’une marque à Bahia (Brésil), avec en prime une semaine tous frais payés pour deux personnes, la rédaction devrait demander une présentation à proximité.

 

Les règles
Code devoir 9 – Indépendance.
Les journalistes n’acceptent aucun avantage, ni aucune promesse qui pourraient limiter leur indépendance professionnelle ou l’expression deleur propre opinion.


Directive 9.1 – Avantages et cadeaux.
Il n’est pas interdit d’accepter à titre individuel des invitations ou de menus présents, dont la valeur ne dépasse pas les usages courants, tant dans les rapports sociaux que dans les rapports professionnels. En revanche, la recherche de l’information et sa publication ne doivent en aucun cas être influencées par l’acceptation d’invitations ou de cadeaux.

 

Directive 9.2 – Liens d’intérêts.
Les journalistes économiques et financiers sont plus particulièrement exposés à l’offre d’avantages divers et à l’obtention d’informations privilégiées. Les journalistes ne doivent pas utiliser ou faire utiliser à leur avantage des informations qu’ils obtiennent avant qu’elles soient portées à la connaissance générale du public. Ils ne doivent pas écrire à propos de sociétés ou de titres avec lesquels ils ont des liens d’intérêts personnels.

 

Article 161 chiffre 2 code pénal – Exploitation de la connaissance de faits confidentiels.
Celui qui a connaissance par une source interne (membre du conseil d’administration, de la direction, etc.) d’informations boursières confidentielles, et qui, par l’exploitation de cette information, obtient pour lui-même ou pour un tiers un avantage pécuniaire, sera puni d’une peine privative de liberté d’un an au plus.


Exemples
Indépendance du journaliste, cadeaux et avantages (2/1992, 5/1992 et 7/1992). A trois reprises au cours de la même année, le Conseil de la presse a formulé des recommandations étendues concernant cet aspect de l’indépendance.

– Journalisme économique inspiré par des intérêt financiers privés: on découvre que les rédacteurs en chef de «Bilanz» et «Finanz und Wirtschaft» ont accepté des centaines d’actions d’un ami promoteur immobilier, et qu’en même temps ils ont suscité des articles positifs importants sur cette entreprise tout en taisant leurs liens particuliers. Le Conseil de la presse fait de longues citations tirées de règlements rédactionnels étrangers sur le devoir de loyauté à l’égard du public, qui exclut de telles dépendances professionnelles.

– Seuls les cadeaux modestes, dont on peut parler ouvertement, et les gestes de politesse généraux (bouteilles à Noël, etc.) ne posent pas problème. Seuls les avantages accordés sans condition à des groupes entiers de journalistes peuvent être acceptés.

– Les journalistes économiques sont tenus d’informer le responsable de la rédaction de leurs participations financières privées susceptibles de créer des conflits d’intérêts.
Sont considérés comme particulièrement exposés aux combines les journalistes des rubriques voyages, autos et sport. Il convient de développer des critères analogues aux tests de consommateurs et d’éviter des défraiements sponsorisés, ou au moins de les rendre transparents. [La situation fondamentale a peu changé en vingt ans. Certaines rédactions indiquent aujourd’hui quand un voyagiste soutient un reportage touristique par des défraiements.]


Accepter des cadeaux onéreux viole l’éthique professionnelle (8/2001). A la rédaction de «Bilan» se déclenchent des débats sur les règles citées plus haut. Ils impliquent entre autres plusieurs faits reprochés au rédacteur en chef: «arrangement» de l’interview d’un conseiller fédéral sans en référer au rédacteur; acceptation d’une montre coûteuse au prix de fabrique par son épouse; publication de son portrait dans le rapport annuel d’une entreprise où il arbore un «badge» de haute technologie créé par l’entrepreneur annonceur. Le Conseil de la presse recommande une stricte abstinence face à de telles tentations.

 

Check-list

Le cadeau fait-il naître un soupçon de corruptibilité?
Puis-je parler du cadeau sans avoir à en rougir?

 

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